Le graphisme made in India

Assemblage

Il y quelques mois, nous vous proposions le portrait de Yan Garin, notre partenaire audiovisuel et multimédia en Inde. Aujourd’hui, Yan revient plus en détail sur son activité de responsable 3D et multimédia au sein du studio 3D Upside Down Ltd, à Bombay.

Yan, peux-tu nous présenter ton studio graphique ?
 
3D Upside Down Ltd a été créé en 2006 dans le cadre d’un projet très précis : la fabrication de contenu en 3D pour des téléviseurs en relief sans lunettes, installés dans des centres commerciaux et des grandes surfaces. Il s’agissait de créer des spots en 3D mais également de transformer des spots 2D existants afin qu’iles puissent être vus en relief.
En montant notre équipe de production, nous avons vite repéré des artistes au talent bien plus large que celui nécessaire à ce projet. Nous avons donc commencé à proposer nos services à des clients principalement européens et nord-américains. Initialement, nous servions principalement de renfort à des équipes existantes. Aujourd’hui, notre domaine d’activité touche au film d’animation, à la publicité, au film d’entreprise, à l’animation pour le web, l’architecture et l’E-learning. Nous avons aussi élargi notre domaine d’expertise : en plus de la 3D, nous offrons désormais nos compétence en compositing et animation Flash.
Pour mener à bien ces projets, nous nous appuyons sur une équipe à plein temps exerçant dans un studio de Mumbai en Inde, constituée de trois animateurs et quatre généralistes. Ils sont encadrés par un directeur de studio, un responsable des ressources humaines, eux-mêmes dirigés par un directeur des opérations d’origine américaine et d’un consultant infographie et développement français. Nous avons aussi des artistes plein-temps ou mi-temps travaillant à distance : deux spécialistes en rigging/programmation, un spécialiste en particules et simulations et trois animateurs supplémentaires. Enfin, nous avons une énorme base de données d’infographistes freelance que nous appelons régulièrement en renfort.

Quel est l’intérêt pour une entreprise française de collaborer avec un studio indien ?

Nos clients font appel à nous pour deux raisons principales. En premier lieu, faire des économies ! Le coût de la vie en Inde et les charges sociales bien inférieures à celles que l’on connaît en Europe nous permettent de pratiquer des tarifs très avantageux.
L’intérêt, c’est aussi de se doter d’équipes de production plus grandes, avec des spécialistes à chaque phase de production. Là où en France un seul infographiste est souvent responsable de tout un projet, nous offrons des modélisateurs, des responsables de mapping et textures, des animateurs, éclairagistes 3D qui travaillent en parallèle sur une même production.

Comment mener une collaboration et une communication saines et efficaces malgré la distance ?

Nous amenons nos clients au plus proche de notre studio, sans qu’ils n’aient à prendre l’avion ! En plus des moyens traditionnels que sont le téléphone ou l’email, nous organisons des visioconférences qui rendent nos réunions plus claires, plus agréables et plus rapides particulièrement pendant l’initialisation d’un projet. Pour ce qui est de la production en elle-même, nous avons développé une plate-forme internet unique qui permet à nos client d’appréhender le travail à venir, son coût et sa durée. Il va pouvoir lire quelles instructions, références et mentions spéciales sont données aux infographistes. Lorsque le travail est démarré, il peut visualiser les tâches en cours et les commenter. Enfin, lorsqu’une tâche est terminée, il lui appartient de la valider ou de la rejeter avant que le projet passe à l’étape suivante. Notre but est d’éviter l’effet surprise en fin de projet, avec le risque de refaire un grand nombre de tâches à cause d’un problème lors des étapes initiales par exemple.
Enfin, nous travaillons exclusivement sur des logiciels libres, ce qui permet à n’importe quel client de vérifier le travail en cours sous tous ses angles et détecter des anomalies au plus tôt.

Avez-vous des perspectives de développement ?

Nous formons en ce moment des infographistes dans l’objectif de toucher deux nouveaux domaines : le médical d’une part et le jeu vidéo de l’autre. Nous devrions être en mesure d’accepter des projets dans ces deux domaines très prochainement.
D’autre part, nous développons à ce jour le premier institut de formation au logiciel libre Blender qui, nous le pensons, sera l’outil 3D le plus utilisé dans les 10 ans à venir.

Plusieurs écoles de graphisme françaises comme par exemple Supinfocom Pune ont déjà élu domicile en Inde. En tant que pays émergent, l’Inde représente-t-il un pays d’avenir pour les métiers du graphisme ?
 
Pour des raisons économiques évidentes, l’Europe et l’Amérique du Nord se tournent de plus en plus vers l’Inde ou la Chine, faute de moyens pour monter les équipes nécessaires à la réalisation d’un projet graphique, quel qu’il soit. Toutefois, l’une des contraintes majeures est d’ordre culturel. Le style, les goûts, les références ou les méthodes sont très différents ici, et beaucoup de projets sous-traités ici ont tourné au cauchemar. En ce sens, Supinfocom vient, à mon avis, remplir une case cruciale du monde graphique indien, en formant des artistes locaux aux modes de production européens. Chez 3D Upside Down Ltd, nous mettons en avant l’encadrement français et américain de l’entreprise, qui garantit à nos clients que leurs intentions soient bien comprises et non « lost in translation » !

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